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Palais: ce qui se cache derrière la suppression du poste de Premier ministre

Pour ceux qui ont du flair, les choses sont claires. Comme une araignée qui tisse sa toile, le chef de l’Etat est en train de bâtir, brique après brique, un chef-d’œuvre architectural, dont le résultat final n’aboutirait à rien d’autre qu’un changement de régime politique. Derrière le «Fast Track» du chef de l’Etat, se cache du «breaking walls». Depuis sa réélection à la Magistrature suprême, au soir du 24 février dernier, Macky Sall ne s’active d’ailleurs que sur ce chantier, fondé sur les ruines de la Primature et dont les gravats vont nécessairement servir à échafauder la mégastructure politico-juridique imaginée, palier après palier, par le président de la République, himself, depuis ses bureaux, au Palais présidentiel de l’avenue Léopold Sédar Senghor (Ex-Roume). Mais comment le chef de l’Etat compte-t-il mettre en œuvre ce «projet structurant», qu’il va bientôt vendre aux Sénégalais, certainement par le biais de quelques ouailles politiques avec une formation juridique, comme gage d’une démocratie majeure ?
Vers un régime Présidentiel pur et dur
Pensé puis soumis aux officines de la Présidence, qui loge aujourd’hui l’ancien ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, réputé être un bon tailleur de la Constitution, le projet de suppression du poste de Premier ministre n’est que la première étape d’un vaste chantier, avec des murs de cloison, des parois épais qui vont marquer la séparation absolue des pouvoirs. Une ruse politique emballée dans un paquet de réformes constitutionnelles, dont le but n’est pas seulement de faire du «Fast Track», c’est-à-dire renforcer l’efficacité de l’action gouvernementale, mais de raffermir la stabilité de l’Exécutif face aux périls électoraux à venir. En décodé, de permettre au Président Sall de dérouler en toute tranquillité son quinquennat à l’abri de toute menace. Pour ce faire, le Président a donné un certain nombre d’orientations au rédacteur du prochain projet de loi portant suppression du poste de Premier ministre. Un exercice qui va entraîner des changements radicaux dans les rapports entre l’Exécutif et le Législatif, qui découleront de la déconstruction du régime actuel vers un régime présidentiel pur et dur. Un Parlement pour faire les lois, un chef de l’Exécutif fort et très stable.
Plus de motion de censure et de dissolution de l’Assemblée
Conséquence majeure : avec cette «primo-ministérialisation» de la fonction présidentielle, Macky Sall, président de la République et chef du gouvernement, n’aura plus de responsabilité devant l’Hémicycle. Et, comme prévu dans l’exposé des motifs du prochain Projet de loi à soumettre aux députés, l’Assemblée nationale n’aura plus le pouvoir de renverser le Gouvernement par une motion de censure et le chef de l’Etat sera, lui aussi, privé de son pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale, même après deux ans de législature.

PAPE SAMBARE NDOUR

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